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Écrit par: Artur Jakucewicz

Les portraits en marbre qui bordent la promenade de la colline du Janicule représentent des patriotes liés à la défense de Rome et au mouvement pour l’unification italienne. La plupart sont des soldats et des militants politiques, mais on trouve aussi parmi eux un acteur, un poète, un mathématicien, un prêtre et une femme.
Certains de ces personnages ont combattu sur la colline pendant le siège de 1849. D’autres ont participé à des campagnes ultérieures ou défendu la même cause politique par leurs écrits, leur activité militante et leur engagement dans la vie publique. Cette avenue commémore donc un mouvement plus vaste que la seule armée de Garibaldi.
Sommaire
ToggleEn 1849, le Janicule devint le principal champ de bataille lors de la défense de l’éphémère République romaine. Des volontaires républicains tinrent la crête face aux troupes françaises envoyées pour rétablir le pouvoir temporel du pape Pie IX. Les combats autour de la Porta San Pancrazio, de la Villa Corsini et du Vascello dévastèrent le secteur et coûtèrent la vie à nombre de ses défenseurs.
La République tomba en juillet, mais sa défense devint un épisode majeur de l’histoire de l’unification italienne. Après l’intégration de Rome au royaume d’Italie et son accession au statut de capitale, l’ancien champ de bataille fut réaménagé en espace commémoratif public. Le Musée de la République romaine à Porta San Pancrazio, situé à proximité, présente aujourd’hui le siège et identifie nombre de ses participants.
Le 26 juillet 1884, la municipalité de Rome accepta une proposition visant à dédier la promenade du Janicule aux patriotes qui s’étaient distingués lors de la défense et de la libération de la ville. De nombreux bustes furent installés de 1885 à 1888. D’autres vinrent s’y ajouter au cours du XXe siècle.
L’immense monument à Giuseppe Garibaldi, œuvre d’Emilio Gallori inaugurée en 1895, domine le sommet. Les portraits en marbre de dimensions plus modestes rapprochent les différents participants du regard des visiteurs.

La photographie ci-dessus illustre clairement cette relation. Nicola Fabrizi se trouve au premier plan, tandis que Garibaldi s’élève derrière lui. Fabrizi mena sa propre carrière d’organisateur révolutionnaire et d’homme politique. Il travailla avec Giuseppe Mazzini, organisa des réseaux depuis l’exil et participa ensuite à des campagnes dans le sud de l’Italie.
Les différences entre les bustes donnent des indications utiles. Certaines figures portent des uniformes décorés ou des coiffes militaires. D’autres sont représentées en tenue civile ou ecclésiastique. Cette sélection reconnaît plusieurs formes de service à la cause nationale, notamment l’action politique et l’influence culturelle.

Tommaso Salvini illustre bien l’intérêt de s’arrêter pour lire les inscriptions. Il devint un acteur shakespearien de renommée internationale, particulièrement célèbre pour son interprétation d’Othello. À l’âge de 20 ans, il combattit aux côtés de Garibaldi pour défendre la République romaine. Son apparence civile prend tout son sens lorsque l’on connaît cet épisode de sa biographie.
Goffredo Mameli suivit un parcours différent. Il combattit avec Garibaldi et mourut à 21 ans des suites de complications après avoir été blessé pendant la défense de Rome. Il avait déjà écrit les paroles de Il Canto degli Italiani, qui devint par la suite l’hymne national italien.
D’autres portraits élargissent encore cette perspective. Quirico Filopanti était mathématicien et écrivain. Il fut également secrétaire de l’Assemblée constituante de la République romaine. Alessandro Gavazzi avait été prêtre barnabite et soutint la cause républicaine comme aumônier militaire et prédicateur.
Colomba Antonietti est la seule femme représentée parmi les bustes historiques. Elle se coupa les cheveux, porta des vêtements militaires et combattit aux côtés de son mari, Luigi Porzi. Elle mourut pendant le bombardement français du 13 juin 1849. Son portrait complète le bien plus imposant monument à Anita Garibaldi, situé plus loin sur la colline.
Le mémorial dépasse également les frontières de l’Italie. Des volontaires venus d’autres pays européens participèrent à la défense de la République romaine, tandis que des ajouts ultérieurs rendirent hommage à des figures étrangères liées à Garibaldi et à la lutte plus large pour l’indépendance nationale. En 2004, un buste du commandant bulgare Petko Voyvoda porta à 84 le nombre de portraits officiellement recensés.
Le nombre 84 figure encore sur les pages municipales et dans les guides touristiques. Cela a changé en 2024. Le 21 mai, Rome ajouta un buste d’Andrés Aguyar. Son nom de famille apparaît également sous la forme Aguiar dans les récits historiques.
Aguyar était un Afro-Uruguayen né en esclavage qui obtint ensuite sa liberté. Il combattit avec Garibaldi en Amérique du Sud avant de le suivre en Italie et de participer à la défense de la République romaine. Un obus français le blessa mortellement dans le Trastevere le 30 juin 1849.
Les récits romains le désignaient souvent sous le nom d’Andrea il Moro, soit « Andrea le Maure », ainsi que comme le fidèle serviteur de Garibaldi. Le nouveau portrait restitue au groupe son propre nom et ses traits. Le sculpteur turc Işık Özçelik réalisa le buste, installé 175 ans après la mort d’Aguyar.
Il n’est pas nécessaire d’examiner chaque piédestal. Un parcours court et pratique commence à Porta San Pancrazio et suit les bustes jusqu’au Piazzale Garibaldi. Repérez Tommaso Salvini, Colomba Antonietti et Andrés Aguyar. Ces trois portraits suffisent à montrer à quel point la définition du patriote au Janicule s’est élargie.
Auteur: Artur Jakucewicz
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