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Écrit par: Artur Jakucewicz

En vous promenant dans Rome, le latin est partout : sur les façades des églises, au-dessus des fontaines, sur les monuments antiques, ainsi que sur les sols et les murs à l’intérieur des églises. Des chiffres romains apparaissent à côté de noms et de titres, indiquant souvent une année civile ou une année de pontificat. Au premier abord, ces inscriptions peuvent ressembler davantage à un décor qu’à un texte lisible.
Ce guide pratique se concentre sur les motifs que vous rencontrerez le plus souvent. Avec sept symboles numériques et un petit vocabulaire de base, vous pouvez souvent identifier la date et l’autorité à l’origine du texte. Un verbe d’action permet ensuite de savoir si le monument a été construit, restauré ou dédié. Une traduction complète demande toujours de comprendre la grammaire et le contexte, mais ces indices révèlent généralement l’essentiel lorsque vous vous trouvez devant la pierre.
Même une lecture partielle change la manière de regarder un monument. C’est une compétence agréable à partager avec vos compagnons de voyage et un moyen simple de devenir l’expert officieux de Rome dans le groupe. Lorsque j’explique ces règles aux familles, les enfants repèrent souvent les dates avant les adultes.
À la fin, vous pourrez télécharger une infographie d’une page, Rome Inscription Cheat Sheet, à garder sur votre téléphone pendant vos visites.
Sommaire
ToggleLes chiffres romains utilisent sept symboles de base :
| Chiffre romain | Valeur |
|---|---|
| I | 1 |
| V | 5 |
| X | 10 |
| L | 50 |
| C | 100 |
| D | 500 |
| M | 1 000 |
Lisez les symboles de gauche à droite. Lorsqu’un symbole est suivi d’un autre de valeur égale ou inférieure, additionnez-les. MDL correspond à 1 000 + 500 + 50, soit 1550.
Un symbole plus petit placé avant un symbole plus grand indique généralement une soustraction. Les règles scolaires modernes utilisent six combinaisons standard :
L’une de mes églises préférées à Rome est San Carlo alle Quattro Fontane, la petite église baroque aux formes particulièrement mouvementées conçue par Francesco Borromini. Les Romains l’appellent San Carlino. Sa façade alterne courbes concaves et convexes, mais la date gravée dessus est étonnamment facile à lire.

L’inscription se termine par MDCLXVII. Décomposez-la en M + D + C + L + X + V + II : 1 000 + 500 + 100 + 50 + 10 + 5 + 2 = 1667. Toutes les valeurs s’additionnent, cet exemple ne comporte donc aucune paire soustractive.
Ne considérez pas 1667 comme la date de construction de toute l’église. Borromini avait réalisé la partie inférieure de la façade lorsqu’il mourut cette année-là, mais son neveu Bernardo acheva ensuite la partie supérieure. Le chiffre date cette étape de la façade, et non l’ensemble du bâtiment.
Les règles scolaires ne couvrent pas toutes les inscriptions antiques. Les graveurs romains écrivaient parfois les nombres uniquement par addition. Quatre peut apparaître sous la forme IIII au lieu de IV, tandis que neuf peut être écrit VIIII au lieu de IX. Les deux systèmes pouvaient même apparaître dans une même inscription.
Le Colisée constitue un bon exercice pratique. Son niveau inférieur comptait 80 entrées. Soixante-seize arches étaient numérotées afin d’orienter les spectateurs vers leur parcours attribué, tandis que quatre entrées principales restaient hors de cette séquence. Les numéros gravés étaient rehaussés de rouge, et les spectateurs suivaient les indications figurant sur leurs jetons d’entrée. Vingt-neuf numéros antiques sont encore visibles sur le côté nord.

Cette photographie montre quatre arches consécutives numérotées XXXV, XXXVI, XXXVII et XXXVIII, soit de 35 à 38. Le coureur au premier plan donne une bonne idée de la hauteur et de la largeur des entrées. Lisez la séquence par addition : XXX vaut 30, V ajoute 5, puis chaque I ajoute une unité.
La même série numérotée conserve une exception historique. L’arche 44 porte XLIIII : XL donne 40, suivi de quatre I. Un convertisseur moderne peut attendre XLIV, mais l’inscription antique reste parfaitement compréhensible.
On entend parfois dire que les Romains évitaient IV parce que ces lettres commencent IVPPITER, orthographe monumentale de Jupiter. Les témoignages conservés ne montrent pas l’existence d’une interdiction religieuse générale ; les formes additives et soustractives coexistaient simplement.
L’écriture monumentale classique ne distinguait pas la voyelle U de la consonne V comme le font les langues modernes. Lorsqu’un mot gravé paraît impossible, remplacez son V par U et réessayez.
Les points centrés entre les mots sont appelés des points médians. Considérez-les comme des espaces et non comme des points décimaux. Un graveur pouvait les utiliser régulièrement, seulement sur une partie du texte ou les omettre. Les abréviations permettaient de gagner de la place et d’équilibrer la mise en page.
Au lieu de traduire une inscription dans l’ordre où elle est gravée, commencez par identifier qui s’exprime. Les abréviations suivantes révèlent un nom ou une autorité et expliquent ce que mesure un chiffre voisin :
| Sur la pierre | Latin développé | Signification utile |
|---|---|---|
| SPQR | Senatus Populusque Romanus | Le Sénat et le Peuple romain |
| PONT MAX | Pontifex Maximus | Souverain pontife, titre papal sur les monuments plus récents |
| AN ou ANNO | Anno | En l’année |
| PONT suivi d’un chiffre | Pontificatus | Année numérotée d’un pontificat |
D.O.M. apparaît souvent en haut d’une tombe ou d’un mémorial, notamment sur les plaques murales des églises et les dalles funéraires intégrées au sol. N’additionnez pas D comme 500 et M comme 1 000. Ici, les lettres abrègent Deo Optimo Maximo, « À Dieu, le Très Bon et le Très Grand ». Elles introduisent une dédicace chrétienne, et le nom du défunt apparaît normalement en dessous.

La pierre supérieure de la photographie commence par D O M. Celle du dessous utilise D O M S, où le S final correspond généralement à sacrum, « sacré ». La formule complète est donc Deo Optimo Maximo Sacrum, « Sacré à Dieu, le Très Bon et le Très Grand ». Des points, de petits losanges ou de plus grands espaces peuvent séparer les lettres.
La formule rappelle l’ancien titre Iovi Optimo Maximo, adressé à Jupiter, mais le D.O.M. chrétien désigne Dieu. Ne le confondez pas avec l’ancien D.M. ou D.M.S. des tombes romaines. Ceux-ci signifient généralement Dis Manibus ou Dis Manibus Sacrum, formules adressées aux Mânes, les esprits des morts.
Le verbe donne généralement l’information la plus utile :
| Latin | Signification à retenir |
|---|---|
| FECIT | A fait ou construit |
| FIERI FECIT | A fait réaliser |
| RESTITVIT | A restauré |
| POSVIT | A placé |
| ORNAVIT | A orné |
| DEDICAVIT | A dédié |
| PERFECIT | A achevé |
PONT MAX identifie un pape ; cela ne signifie pas qu’il a personnellement construit l’objet. Le verbe d’action indique ce que l’inscription affirme.

L’inscription qui traverse la façade de la Basilique Saint-Pierre constitue un exercice complet en une seule ligne :
IN HONOREM PRINCIPIS APOST PAVLVS V BVRGHESIVS ROMANVS PONT MAX AN MDCXII PONT VII
Commencez par PAVLVS V, qui identifie le pape Paul V. BVRGHESIVS est la forme latinisée de son nom de famille et renvoie aux Borghese. ROMANVS signifie romain. PONT MAX donne son titre.
La date suit AN, abréviation de anno. MDCXII correspond à 1612. Le PONT VII final indique la septième année du pontificat de Paul. Les premiers mots dédient l’œuvre au Prince des Apôtres, saint Pierre.
Remarquez ce qui manque : la pierre ne contient aucun verbe explicite. Les traductions françaises ajoutent souvent « fit ériger » d’après le contexte.
Regardez maintenant au-dessus du texte. Le blason porte l’aigle et le dragon des Borghese, avec la tiare pontificale et les clés croisées au-dessus. L’inscription nomme la famille, tandis que les armoiries répètent la même information sous forme d’image.

Le grand panneau situé en hauteur sur la Fontaine de Trevi porte :
CLEMENS XII PONT MAX
AQVAM VIRGINEM
COPIA ET SALVBRITATE COMMENDATAM
CVLTV MAGNIFICO ORNAVIT
ANNO DOMINI MDCCXXXV PONTIF VI
Commencez par CLEMENS XII PONT MAX. Ici, CLEMENS XII désigne Clément XII et non une date, tandis que PONT MAX donne son titre, Souverain pontife.
Passez ensuite directement à la dernière ligne : ANNO DOMINI MDCCXXXV PONTIF VI. ANNO DOMINI introduit l’année civile, MDCCXXXV correspond à 1735, et le PONTIF VI final indique la sixième année de son pontificat.
Les trois lignes centrales expliquent l’œuvre. Le complément de ORNAVIT est AQVAM VIRGINEM, l’aqueduc Aqua Virgo. L’inscription célèbre son eau abondante et salubre et indique que Clément l’orna d’un grand décor architectural.
La photographie ajoute une signature visuelle. Au-dessus du texte, le blason rayé de la famille Corsini de Clément est surmonté de la tiare pontificale et des clés croisées. Deux figures ailées de la Renommée soufflent dans des trompettes de chaque côté.
D’autres inscriptions rappellent des phases ultérieures sous Benoît XIV et Clément XIII ; un autre texte date l’achèvement du décor de 1762. La date visible de 1735 correspond donc à la phase de Clément XII, et non à la fontaine achevée.
Le Panthéon porte une inscription concise utilisant plusieurs abréviations courantes :

M AGRIPPA L F COS TERTIVM FECIT
Aucune année civile n’est écrite ici en chiffres romains. Le M isolé abrège Marcus, tandis que L abrège Lucius ; dans cette phrase, aucun des deux ne signifie 1 000 ou 50. TERTIVM est un mot latin signifiant « pour la troisième fois », et non un groupe numérique. Le contexte passe avant le calcul.
Lisez la ligne en quatre parties. M AGRIPPA donne le nom, et L F développe Lucii filius, « fils de Lucius ». COS TERTIVM indique un troisième consulat, tandis que FECIT revendique la construction. En français courant : « Marcus Agrippa, fils de Lucius, fit ceci alors qu’il était consul pour la troisième fois. »
COS TERTIVM permet également aux historiens d’identifier l’année 27 av. J.-C., celle du troisième consulat d’Agrippa. Le bâtiment visible aujourd’hui date en grande partie de la reconstruction du IIe siècle sous Hadrien. La dédicace conservée perpétue donc le nom d’Agrippa sans raconter toute l’histoire de la rotonde et de la coupole actuelles.
Regardez le sol en marchant dans Rome : la ville appose SPQR jusque sur les plaques d’égout en métal. Les initiales apparaissent également sur les fontaines et d’autres équipements municipaux, car elles font toujours partie de l’emblème civique de Rome.

Sur le Forum romain, le temple de Saturne permet de voir en toutes lettres la formule qui se cache derrière ces quatre initiales :

SENATVS POPVLVSQVE ROMANVS INCENDIO CONSVMPTVM RESTITVIT
La ligne supérieure de la photographie porte SENATVS POPVLVSQVE ROMANVS. Remplacez V par U et vous obtenez Senatus Populusque Romanus, « Le Sénat et le Peuple romain ». Ses initiales donnent SPQR ; le Q vient de -que, terminaison signifiant « et ».
La seconde ligne, INCENDIO CONSVMPTVM RESTITVIT, indique l’action. RESTITVIT signifie « restaura », et la phrase complète veut dire : « Le Sénat et le Peuple romain restaurèrent ce qui avait été détruit par le feu. » La reconstruction conservée est généralement datée de la fin du IVe siècle apr. J.-C., même si l’incendie exact reste incertain. L’inscription elle-même ne nomme ni empereur ni année ; elle met l’accent sur l’autorité qui restaura le monument.
Commencez au-dessus du blason. Une tiare pontificale et les clés croisées de saint Pierre indiquent l’autorité papale. Les emblèmes à l’intérieur du blason identifient la famille du pape, mais ne permettent pas toujours à eux seuls de reconnaître un individu précis. Lisez le montage de gauche à droite.

Lisez chaque blason avec l’inscription correspondante, puis vérifiez la date et le lieu avant de l’attribuer à un pape ou à une phase de construction précise.
Lorsque vous trouvez une nouvelle inscription, prenez une photographie bien de face ou utilisez le zoom de votre téléphone. Le matin ou en fin d’après-midi, une lumière latérale sur la pierre rend souvent les lettres peu profondes plus faciles à voir qu’une lumière plate de midi.
Suivez ensuite le texte dans cet ordre :
N’essayez pas d’abord de faire traduire automatiquement tout le texte. Les abréviations et les mots omis produisent souvent des résultats incohérents, surtout lorsque V fonctionne comme U. Identifiez vous-même les éléments fixes, puis utilisez une transcription fiable ou une source spécialisée pour la grammaire restante.
Une lettre cassée peut modifier un nom ; un chiffre peut indiquer le numéro d’un souverain, et une inscription de restauration peut omettre l’architecte d’origine. Arrêtez-vous là où s’arrête ce que la pierre permet réellement de lire.
Devant la prochaine église, arrêtez-vous avant d’entrer. Prenez 30 secondes pour identifier un nom ou une date avant de chercher une traduction.
Après une première lecture réussie, il devient difficile d’ignorer l’inscription suivante. Les lettres se transforment en étiquettes laissées par ceux qui ont financé le monument ou qui l’ont revendiqué plus tard.
Auteur: Artur Jakucewicz
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