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| Adresse | Piazza di S. Pietro in Montorio, 2, Roma |
Le Tempietto se dresse dans une cour de couvent à peine assez large pour lui laisser de l’espace. Un seul tour autour de ses seize colonnes suffit pour que le bâtiment paraisse déjà complet. Chaque marche, ouverture, pilastre et courbe ramène le regard vers le même centre.
Donato Bramante construisit cette petite chapelle commémorative au début du XVIe siècle, à l’endroit alors identifié comme le lieu de la crucifixion de saint Pierre. Son intérieur ne mesure qu’environ quatre mètres de diamètre. Son influence architecturale est pourtant bien plus vaste. Des générations d’architectes ont étudié le Tempietto comme un modèle de la recherche, propre à la Haute Renaissance, d’ordre, de proportion et d’un renouveau convaincant de l’architecture de la Rome antique.
Son nom signifie simplement « petit temple ». Il appartient au complexe de San Pietro in Montorio, sur le Janicule, aujourd’hui occupé en partie par l’Académie royale d’Espagne. Ce cadre explique pourquoi un chef-d’œuvre familier dans les livres d’architecture peut encore sembler étonnamment intime lorsqu’on le découvre à Rome.
Vous accédez au Tempietto par le complexe de San Pietro in Montorio et la Real Academia de España en Roma. La cour à arcades de l’académie fait partie du parcours d’approche. Des expositions temporaires d’artistes résidents apparaissent parfois dans ces espaces, mais elles ne font pas partie de la visite permanente.

Sommaire
ToggleLes Rois Catholiques d’Espagne, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, financèrent le Tempietto. L’office officiel du tourisme de Rome situe prudemment sa construction entre environ 1502 et 1509. La commande s’inscrivait dans le patronage royal espagnol de San Pietro in Montorio et fut traditionnellement associée à un vœu formulé pour la naissance du fils du couple, Jean, mort en 1497.
Bramante venait d’arriver à Rome après une longue carrière dans le nord de l’Italie. Il y découvrit directement les édifices antiques. Le Tempietto montre à quelle vitesse il en assimila les principes sans copier un monument précis. Sa forme circulaire rappelle les temples ronds et les monuments funéraires romains. Sa fonction est chrétienne : il s’agit d’un martyrium, un bâtiment destiné à marquer et honorer un lieu associé au martyre.
Le projet avait également une portée politique. Une fondation royale espagnole s’élevait au-dessus d’un lieu lié au premier pape, à Rome, au moment où Ferdinand et Isabelle présentaient leur monarchie comme défenseure de la chrétienté catholique. Architecture, dévotion et identité royale se rejoignent dans ce minuscule bâtiment.
Trois marches circulaires élèvent la chapelle au-dessus de la cour. Seize colonnes de granit gris entourent la chambre cylindrique, ou cella, tandis que la porte reste clairement visible à travers la colonnade. Cette vue frontale permet de comprendre plus facilement le plan concentrique de Bramante que la perspective plus large de la cour.

Au-dessus des colonnes court un entablement dorique avec une alternance de triglyphes et de 48 métopes sculptées. Treize motifs reviennent autour de la frise selon une séquence irrégulière. Parmi eux figurent les clés de saint Pierre, la tiare pontificale, des calices, des patènes, des encensoirs et d’autres objets associés à la liturgie pontificale. Bramante conserva la grammaire visuelle d’un temple dorique antique et donna à ses petits panneaux en relief un programme chrétien.

Le nombre seize était considéré comme parfait dans la tradition architecturale héritée de Vitruve. Sur place, la répétition géométrique est plus importante encore. Marches, colonnade, mur intérieur, balustrade, tambour et coupole forment des couches concentriques. Il suffit d’en faire le tour pour comprendre le plan.
Passez sous la colonnade et levez les yeux. Le passage annulaire possède un plafond à caissons rempli de rosaces florales sculptées. Ces fleurs sont des ornements architecturaux conventionnels plutôt que des espèces botaniques identifiables. Leur répétition prolonge le rythme mesuré établi par les colonnes et les métopes.

Bramante avait probablement prévu que le cercle se prolonge au-delà de la chapelle. Sebastiano Serlio publia plus tard un plan montrant le Tempietto au centre d’une cour circulaire à colonnade. Cette architecture environnante ne fut jamais construite. La chapelle ronde se trouve donc aujourd’hui dans la cour rectangulaire actuelle. Ce cadre exigu est historiquement trompeur, même s’il crée l’une des surprises architecturales les plus mémorables de Rome.
Les colonnes et le mur derrière elles produisent une alternance régulière d’ombre et de lumière. Le niveau supérieur change ensuite d’échelle. Des pilastres étroits sur le tambour reprennent les colonnes du dessous, tandis que la coupole réunit les différentes bandes horizontales dans une seule silhouette. Cette succession exerça une grande influence sur l’architecture de la Renaissance et du baroque.
Le Tempietto fut conçu autour d’une affirmation religieuse précise. Le centre de la chapelle marquait l’endroit où saint Pierre aurait été crucifié. La tradition catholique affirme également que l’apôtre fut crucifié la tête en bas parce qu’il se jugeait indigne de mourir de la même manière que le Christ.
L’emplacement doit être présenté avec prudence. Les témoignages antiques relient le martyre et l’inhumation de Pierre à la zone du Vatican, où se trouve aujourd’hui la Basilique Saint-Pierre. L’identification d’un lieu sur le Janicule devint influente bien plus tard. Le Tempietto conserve la tradition acceptée par ses commanditaires dans la Rome de la Renaissance ; il n’apporte pas de preuve archéologique du lieu d’exécution.
Cette distinction ne diminue pas la signification du bâtiment. Bramante organisa chaque niveau autour du lieu supposé du martyre. Le plan transforme un événement transmis par la mémoire en géométrie.

La chambre est assez petite pour être embrassée d’un seul regard depuis la porte. De profondes niches la font paraître plus vaste que ses quatre mètres de diamètre. Au centre du mur de l’autel se trouve saint Pierre, tenant un livre et les clés qui symbolisent son autorité dans l’iconographie catholique. La description officielle de Rome attribue la statue à un artiste lombard non identifié du XVIe siècle.
Le relief sous l’apôtre représente son martyre. Pierre apparaît au sein même de l’autel, tandis que le lieu physique supposé de ce martyre se situe sur l’axe vertical du bâtiment, sous le sol. Image, autel et emplacement doivent être lus ensemble.
Quatre autres niches abritent les Évangélistes. Les créatures qui les accompagnent permettent de les identifier même sans reconnaître leurs visages.

De gauche à droite sur la photographie, il s’agit de Matthieu avec une figure humaine ailée, Marc avec le lion, Luc avec le bœuf et Jean avec l’aigle. Les quatre symboles proviennent des êtres vivants décrits dans Ézéchiel et dans l’Apocalypse. La tradition chrétienne en attribua ensuite un à chacun des auteurs des Évangiles.
La figure humaine ou angélique de Matthieu renvoie à la généalogie qui ouvre son Évangile et à la naissance humaine du Christ. Le lion de Marc rappelle la voix qui crie dans le désert au début de son récit. Le bœuf de Luc est un animal sacrificiel, adapté à un Évangile qui commence dans le Temple et revient régulièrement sur le sacrifice et le sacerdoce. L’aigle de Jean représente la hauteur théologique d’un Évangile qui commence par le Verbe éternel plutôt que par une généalogie terrestre ou un récit de l’enfance.
Ensemble, les quatre figures placent Pierre au sein du témoignage écrit des Évangiles. Leurs symboles constituent aussi un code visuel compact. Une fois appris ici, ce même ange, ce lion, ce bœuf et cet aigle deviennent reconnaissables sur les façades d’églises, les chaires, les mosaïques et les manuscrits à Rome et dans le reste de l’Europe chrétienne.

Le sol utilise de petits fragments de pierre verte, rouge, jaune, noire et blanche pour former des cercles, des étoiles, des losanges et des bandes entrelacées. Il s’agit du style cosmatesque, nommé d’après les familles romaines de marbriers qui développèrent ses exemples médiévaux les plus connus aux XIIe et XIIIe siècles.
Le sol du Tempietto est une œuvre de la Renaissance qui reprend ce langage visuel romain plus ancien. Ses cercles rigoureux conviennent au plan centralisé de Bramante, tandis que les fragments de pierre colorée ramènent l’échelle de l’architecture à quelque chose de presque précieux comme un bijou.
Rome conserve des pavements cosmatesques plus vastes et plus anciens dans des églises comme la Basilique Sainte-Marie-du-Trastevere. La chapelle Bufalini dans Santa Maria in Ara Coeli constitue une autre comparaison utile. Ici, cependant, le motif est concentré dans une pièce de seulement quelques pas de large. Le sol renforce la présence du centre avant même que le visiteur remarque la crypte en dessous.
Deux escaliers courbes descendent depuis la cour vers la crypte circulaire. Son décor actuel de marbre, de stuc et son autel remontent en grande partie à un réaménagement de 1628. Au centre, une dalle protège l’ouverture traditionnellement identifiée comme le trou creusé pour la croix de Pierre. Cette affirmation relève de la dévotion plutôt que de l’archéologie, mais son emplacement est essentiel dans le projet de Bramante.

L’autel porte l’inscription de fondation du Tempietto. Son latin abrégé dédie la chapelle au martyre du Prince des Apôtres, nomme Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille comme commanditaires et se termine par la date 1502. Les mots MARTYRII PRINCIPIS, visibles sur le mur derrière, prolongent la même idée : il s’agit d’un mémorial consacré au martyre de saint Pierre, considéré par les catholiques comme le chef des Apôtres.
Une autre plaque près de l’entrée de la crypte commence par Anno salutis Christianae MD, « En l’an du salut chrétien 1500 ». En latin normalisé, son texte principal est :
ANNO SALVTIS CHRISTIANAE MD
SVB IVBILEO ET PONTIFICATV ALEXANDRI VI
DIE IX IVNII, FERIA TERTIA POST PENTECOSTES
SIT NOTVM OMNIBVS ET SINGVLIS PRAESENTIBVS INSPECTVRIS
QVOD CONSECRATA EST PRAESENS ECCLESIA ET ALTARE HOC
IN HONOREM BEATI PETRI APOSTOLI
IN HOC LOCO CRVCIFIXI
ET RELIQVIAE INFRASCRIPTAE IN EO RECLVSAE SVNT
En français : « En l’an du salut chrétien 1500, pendant le Jubilé et le pontificat d’Alexandre VI, le 9 juin, mardi après la Pentecôte, qu’il soit connu de tous ceux qui verront ceci que la présente église et cet autel ont été consacrés en l’honneur du bienheureux apôtre Pierre, crucifié en ce lieu, et que les reliques mentionnées ci-dessous y ont été déposées. »

Son emplacement peut prêter à confusion. Il s’agit d’une copie postérieure d’un texte relatif à la consécration de San Pietro in Montorio et de son maître-autel. Il ne date pas le Tempietto de 1500. L’inscription de fondation de la chapelle de Bramante indique 1502.
L’ouverture, le centre du sol supérieur, l’apôtre assis, le tambour et la coupole partagent un même axe vertical. À l’extérieur, le bâtiment se développe en cercles concentriques. À l’intérieur, le sens progresse vers le haut depuis le lieu supposé du martyre. Cet alignement explique le mieux l’effet de concentration exceptionnel du Tempietto.
La crypte modifie également la perception des proportions du bâtiment. Depuis la cour, la chapelle ressemble à un monument compact à deux niveaux élevé sur des marches. Lorsque la chambre inférieure devient visible, la structure apparaît comme un marqueur qui s’étend à la fois au-dessus et au-dessous du sol.
Une courte plaque italienne au-dessus de l’entrée résume un privilège accordé par le pape Paul III en 1536. Le texte latin plus complet est conservé dans le puits de lumière entre la chapelle supérieure et les escaliers de la crypte.

PAVLVS III PONT MAX
PRAEDECESSORVM SVORVM VESTIGIIS
INHAERENDO OB EXIMIAM OMNIVM HVIC
TEMPLO DEVOTIONEM ATQVE OBSERVANTIAM
INTER ALIA QVIBVS LIBET MISSAM
IN HOC SACELLO CELEBRANTIBVS VICE
QVALIBET VNAM ANIMAM EX IIS
QVAE APVD INFEROS AD SVA PVRGANDVM
DELICTA SVNT ERVNT QVE DESTINATAE
REDIMENDI ATQVE AB EISDEM
CRVCIATIBVS EVOCANDI OMNIMODAM
PERPETVAMQVE FACVLTATEM CONCESSIT
ANNO DOMINI M D XXXVI
En termes simples, l’inscription indique que le pape Paul III, suivant l’exemple de ses prédécesseurs et reconnaissant la dévotion portée à la chapelle, accorda un privilège perpétuel aux personnes qui y célébraient la messe. À chaque célébration, le célébrant pouvait obtenir la libération d’une âme en cours de purification pour ses péchés. Le texte se termine par l’année 1536.
L’expression apud inferos peut sembler désigner l’enfer lorsqu’elle est lue isolément. Les mots qui suivent, ad sua purgandum delicta, précisent qu’il s’agit d’âmes en cours de purification pour leurs péchés ; le contexte catholique visé est donc celui du purgatoire. L’inscription témoigne de l’usage dévotionnel actif du Tempietto quelques décennies seulement après sa construction.
Le Tempietto entra rapidement dans le canon architectural. Serlio publia son plan, son élévation, sa coupe et la cour proposée dans son traité du XVIe siècle, aux côtés des monuments de la Rome antique. Cette publication permit à des architectes qui n’avaient jamais visité le Janicule d’étudier les proportions de Bramante.
Son rapport avec la Basilique Saint-Pierre est souvent simplifié. Bramante ne conçut pas pour le Vatican une copie agrandie du Tempietto. Les deux projets partagent une ambition plus fondamentale : un édifice sacré centralisé dont la masse peut être comprise de tous les côtés, organisée par des colonnes classiques et couronnée d’une coupole. Bramante commença la nouvelle basilique en 1506, puis les architectes qui lui succédèrent modifièrent profondément son projet. L’expérience compacte du Janicule aide encore à comprendre les idées architecturales qui sous-tendaient ce chantier bien plus vaste.
Le Tempietto montre également que la monumentalité ne dépend pas de la taille. Sa chambre pourrait tenir à l’intérieur de nombreuses chapelles romaines. La succession maîtrisée du socle, des colonnes, de l’entablement, de la balustrade, du tambour et de la coupole donne à chaque élément une fonction claire. Aucun recul important n’est nécessaire pour en comprendre l’organisation.

C’est moi, Artur Jakucewicz, assis sur les marches. Lors de cette visite, j’avais la cour pour moi seul, alors même que le bâtiment occupe depuis des siècles une place centrale dans l’histoire de l’architecture de la Renaissance. La photographie montre aussi l’idée essentielle de l’édifice. Bramante créa un martyrium catholique à l’aide d’une colonnade circulaire et de proportions soigneusement mesurées inspirées des temples de la Rome antique. Son échelle est intime, mais sa conception est monumentale.
Pour un lecteur intéressé par l’architecture de la Renaissance, la visite est particulièrement efficace. En quelques minutes, vous pouvez examiner le langage classique de Bramante et voir comment il sert le culte de saint Pierre. La petite cour permet souvent d’observer les détails plus tranquillement que dans beaucoup d’églises romaines célèbres.
Le Tempietto constitue une excellente première étape importante lors d’une montée à pied depuis le Trastevere. Après avoir fait le tour de l’extérieur, entrez, identifiez Pierre et les Évangélistes et observez le sol avant de vérifier si la crypte est accessible. Une visite de dix minutes suffit pour comprendre ces éléments dans leur ensemble.
Avant de quitter l’académie, regardez par les fenêtres situées le long du parcours accessible. L’une d’elles encadre les toits en terre cuite du Trastevere et le centre historique au-delà. Le grand monument blanc visible tout à droite est l’Autel de la Patrie, également appelé Vittoriano. L’académie n’exploite pas cette fenêtre comme terrasse panoramique et l’accès dépend des parties du bâtiment ouvertes. Si vous la trouvez, arrêtez-vous un instant avant de repartir.

Depuis San Pietro in Montorio, la Fontana dell’Acqua Paola se trouve à proximité. Continuez à monter vers les monuments et le panorama de Piazzale Garibaldi. Dans cet ordre, la chapelle de Bramante s’inscrit dans l’histoire plus vaste du Janicule. Son patronage royal espagnol et sa fonction dévotionnelle romaine se rejoignent dans l’une des expressions les plus claires de l’architecture de la Renaissance.
Auteur: Artur Jakucewicz
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